La Vallée de Campan (1998-2001)

Montagnes

La Vallée de Campan recouvre une période de conquête différente de celle des Aquarelles de Bagnères. Le dessin reste minimal, l’improvisation avec les matériaux joue aisément entre observation et sensation. Le pont entre dessin et matériaux est construit.

Bien d’autres données se pressent alors pour prendre place dans l’expérience créatrice. Par exemple les désirs d’étude et de durée dans le travail se traînent lamentablement dans les limbes de l’esprit. Leur actualisation est toujours désactivée par la tabula rasa qui juge leur participation à l’acte artistique aussi inopportun qu’inactuel.

La tabula rasa est un concept destructeur de filiations culturelles. Elle oblige celui qui prétend s’intéresser à la dimension créatrice de la démarche artistique à abandonner son propre bagage culturel pour entrer dans un autre langage artistique dont la pertinence et la nouveauté est assurée par un pouvoir en place.

La tabula rasa investit ainsi le mythe d’un présent éternellement renouvelé détergeant toute culture de l’esprit qui n’est pas celle de l’instantanéité et de la spontanéité.

Ainsi la notion de durée créatrice perd toute substance au contact de ce pouvoir qui confond création artistique et projection conceptuelle.

Pourtant le désir d’étudier dans la durée perdure. Il ne s’efface pas facilement de la psychée.

Ainsi en dépit de ces tabous et en réponse à un désir de retrouver la dimension de l’étude et de la durée, la série de La Vallée de Campan aménage leur place dans l’expérience créatrice en instaurant la distinction entre  matrices et variations.

Les matrices, aquarelles d’étude à usage interne, prennent en charge la durée du travail, l’étude des photos et la recherche d’un espace construit par logique matériologique.

Les variations, œuvres créées par simple articulation dessin/procédures matériologiques, exploitent les connaissances acquises dans les matrices en les retraduisant en termes d’énergie projective, d’instantanéité et de jouissance sensible.

Étude et durée dans le travail trouvent ainsi leur place relative à côté d’une esthétique contemporaine qui impose la spontanéité ludique comme condition unique d’accès à la valeur artistique.

Références des œuvres